Une blessure comme un sourire, une éraflure comme un soupir, fragilité d’une matière pleine, charnue.
La peinture est un corps malaxé, pétri au levain du sourire défunt.
La peinture est l’espace absolu de l’expérience ou plutôt l’espace du corps.
L’âme flotte, danse et virevolte au près des effluves, des lumières, des pigments, des ombres, des obscurs et des clartés.
C’est une histoire de Madeleines…
Des petits cailloux d’or pour retrouver le chemin…pour reprendre le fil de l’histoire.
Les Madeleines à la saveur douce et interdite, petits coquillages tendres, pèlerinage de l’abandon.
C’est aussi l’histoire de la Madeleine, elle avance à petits pas sur le sentier de la révélation.
La Marie, aux cheveux épars, serre dans ses bras l’absence colorée.
La couleur est la chair rendue visible, la présence au monde, l’image n’est que subterfuge de l’angoisse.
La couleur n’est pas un problème, la couleur est un éclat de rire.
Elle est souffle ; mais la pâte sortant du tube est blessure.
La trace du pinceau est exaltée, les mots sont juste signe de l’encrage.
La lumière, l’or, sont le Paradis Perdu de l’invisible, la trace de l’errance.
La lumière est libre, elle est la mesure de la compassion.
La lumière comme un double, une épreuve.
La lumière comme un reflet, une trace de soi.
Un narcisse dans l’hiver, un coquelicot, noir corbeau.
La lumière qui sculpte à vif, qui domine puis s’évanouie, elle terrifie.
Elle donne vie et reprend aussitôt.
Les images luttent, elles défilent, elles sont avides et dévorent… Elles s’imposent comme maître du temps pour renier l’espace de l’invisible. Elles segmentent le corps, l’emprisonnent dans la forme.
Mais à nouveau, la toile est blanche et il faut encore revisiter les paysages étranges de la mémoire, se perdre encore une fois dans le labyrinthe étroit des émois, des moi. Il faut investir son geste, lui donner la consistance de l’innocence, s’en imprégner jusqu’à l’abandon.
Enfin, essayer de comprendre, de regarder l’indicible de ce qui réside dans la subversive nécessité de la peinture.
Avec toute mon affection et mon amitié éternelle,
Florence Casanova Delaunay